Radio Okapi

Client
Fondation Hirondelle – MONUC

Services
Information publique en zones de crise

Année
2005

Radio Okapi – Carnet de mission en RDC (2004–2005)

Entre août 2004 et avril 2005, j’ai traversé la République Démocratique du Congo comme on traverse un rêve intense, parfois rude, toujours marquant. Deux fois le tour de ce pays-continent, des milliers de kilomètres parcourus en avion, en pirogue, en hélicoptère, en 4×4 bringuebalant sur des pistes rouges. Mon sac, mes outils, un carnet de notes, et la tête pleine de câbles à réparer.

Ma mission : remettre sur pied les stations régionales de Radio Okapi – à Bunia, Kisangani, Goma, Bukavu, Kalemie. Rien n’avait été entretenu depuis les installations initiales. Le réseau tenait bon, vaillamment, mais il fallait tout revoir : les connexions, les émetteurs, les faisceaux hertziens, les tables de mixage en souffrance, les ordinateurs fatigués.

J’étais seul, ou presque. Seul pour intervenir, mais porté par une logistique précieuse : celle des Nations Unies, qui m’ouvrait des portes là où les routes n’existaient plus, où les villages n’apparaissaient même pas sur les cartes. Là où la radio, parfois, était la seule voix que les gens entendaient.

Les journées étaient longues, chaudes, souvent harassantes. Le soir venu, je formais les équipes, répondais aux questions, expliquais le son, le mixage, les gestes essentiels pour donner vie à une voix. Le logiciel Cool Edit devenait prétexte à transmission. J’apprenais autant que je transmettais. Car la technique, comme le journalisme, est un travail d’équipe et d’écoute.

Radio Okapi, c’est la voix d’un pays multiple, blessé mais debout. Entre la Fondation Hirondelle et la MONUC, ce projet donnait la parole à tous, même là où les conflits faisaient rage. Dans ce contexte, chaque fréquence rétablie, chaque grésillement effacé, chaque mot entendu avec clarté devenait une victoire.

Le rôle du technicien, ici, allait bien au-delà des boutons. Il fallait de la patience, du tact, et une certaine capacité à traduire le langage des machines en mots simples, clairs, humains. Il fallait aussi résister à la tentation de devenir un “sorcier du son”, celui qui mystifie au lieu de partager. L’intégrité technique est, elle aussi, une forme d’éthique.

Le Congo m’a bouleversé. Par sa beauté, son peuple, sa créativité. Et aussi par sa souffrance, son courage. Ce fut l’une des expériences les plus intenses de ma vie. Une aventure professionnelle, certes, mais surtout un voyage intérieur, dans un monde où chaque onde transmise est un acte de lien.


Radio Okapi – Un portrait de Sophie, journaliste à Bukavu.
Ce film, réalisé en 2005 au cœur de la République Démocratique du Congo, dresse le portrait de Sophie, journaliste à Radio Okapi Bukavu. Tourné dans le cadre de ma mission technique de maintenance des stations régionales, ce reportage s’inscrit dans l’univers fragile mais puissant des décrochages régionaux.

Sophie incarne ces voix qui informent, relient, apaisent.
Elle raconte son quotidien de journaliste en zone de post-conflit, ses espoirs, ses doutes, son engagement.

À travers son regard et sa voix, c’est un fragment de réalité congolaise qui se donne à voir et à entendre.

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