Client
Internews
Services
Information publique en zones de crise
Année
2005
Mission au Tchad – Décembre 2005 – Radio Absoun & Radio Abéché
En décembre 2005, j’ai participé à ma huitième mission de coopération technique en Afrique, cette fois-ci au Tchad, dans la région d’Iriba, proche de la frontière avec le Soudan. Électricien de formation, spécialisé en radio et télévision, j’ai progressivement élargi mes compétences aux domaines de la prise de son, de la réalisation, du montage vidéo et de la production.
Mais ce sont surtout mes connaissances en énergies alternatives (solaire, groupes électrogènes) ainsi que le choix de matériel approprié aux conditions extrêmes qui m’ont permis de m’adapter efficacement aux réalités du terrain.
Au-delà des compétences techniques, c’est avant tout ma capacité de résilience et d’ouverture à de nouveaux codes culturels qui a fait la différence.
L’objectif de cette mission était ambitieux : construire une station de radio humanitaire en plein désert, principalement destinée aux 50’000 réfugiés du Darfour installés dans un camp à proximité. Le projet dépassait largement les simples aspects techniques. Il a fallu faire preuve d’ingéniosité pour adapter chaque difficulté à des solutions locales, avec les moyens du bord, en traduisant notre jargon technique pour qu’il soit compris et intégré par les équipes locales.
Le 30 novembre 2005 à 16h, Radio Absoun a enfin résonné sur les ondes FM d’Iriba. Ce moment fort a marqué l’aboutissement d’un travail collectif, parfois rude, mais profondément porteur de sens : permettre à une voix locale de se faire entendre dans une zone isolée et marquée par les conflits.
Cette mission m’a aussi amené à réfléchir sur les limites de certains projets de développement technologique. Apporter des équipements modernes dans des régions où la population n’a parfois jamais eu accès à une radio ou un lecteur de cassettes peut générer incompréhension, voire découragement. J’ai pris conscience qu’il ne suffit pas de transmettre des outils ; il faut aussi transmettre du temps, de la formation, de la patience.
La technologie ne peut pas tout, et la consommation effrénée des sociétés modernes contraste fortement avec la richesse humaine et sociale des communautés rencontrées. J’ai beaucoup appris de cette mission, tant sur le plan technique qu’humain, et je reste convaincu que le développement des médias en Afrique doit se penser sur le long terme, avec humilité et respect du rythme local.
Pascal Fleury


